Livre : Traité de Relations Internationales

Ecrit par spagano sur . Publié dans Économie, Géopolitique, Gestion du risque, Histoire, Livres, Macro-économie, Micro-économie, Références, Société, Stratégie, Théories économiques

Avant de citer les pages descriptives de SciencesPo, un extrait, et de donner le sommaire, voilà un livre incontournable pour toutes celles et pour tous ceux qui s’intéressent à la géopolitique, à la diplomatie internationale et aux enjeux stratégiques dans le monde. Et il s’agit bien d’un « Traité », et quel traité !
1 200 pages parfaitement structurées, des articles solidement étayés, une bibliographie exemplaire… C’est une somme de travail dont on rêverait dans bien d’autres domaines.

Indispensable. Je vous recommande en particulier le chapitre 2.
Extraits du chapitre 15,  « L’économie » par Stéphane Paquin :

 Même s’il ne faut pas généraliser, force est de constater que les économistes sont peu présents lorsqu’il s’agit d’expliquer les questions internationales à l’extérieur des phénomènes proprement économiques et financiers. Alors que les fondateurs de la discipline, comme Smith ou encore Ricardo, s’intéressaient aux effets du commerce international sur la paix entre les nations, très peu d’économistes contemporains portent leur attention sur les grandes questions de sécurité internationale. Avec l’avènement de la synthèse néoclassique après la seconde guerre mondiale, les questions internationales sont encore plus marginalisées par les économistes. Les néoclassiques, qui forment de nos jours l’orthodoxie en économie, sont issus de la synthèse des idées keynésiennes avec les théories économiques classiques. L’essentiel de leurs travaux porte sur les économies nationales sans trop se préoccuper des questions internationales.
Depuis les célèbres travaux d’Adam Smith, qui s’opposait aux mercantilistes, et ceux de David Ricardo, qui soutenait que le libre-échange était un facteur d’enrichissement même pour le pays qui est totalement désavantagé par les termes des échanges, la majorité des économistes classiques croit, ne serait-ce qu’implicitement, que l’expansion du commerce international, le libre-échange et l’interdépendance économique sont des facteurs de paix entre les nations (Paquin, 2008).
(…)
Les mercantilistes ne sont pas les seuls à penser que le commerce peut entraîner la guerre. Leur point de vue est partagé par l’un des plus grands économistes du XXe siècle, John Maynard Keynes. Ce dernier émet des doutes sur la validité de cette théorie de la paix par le doux commerce formulée par Montesquieu. Très affecté par la première guerre mondiale et la crise de 1929, il prône plutôt, dans un article publié en 1933 dans The Yale Review qui a pour titre « National Self-Sufficiency », des politiques d’autosuffisance nationale. Dans le livre qu’il publie en 1919, intitulé Les Conséquences économiques de la paix, il critique le traité de Versailles conclu la même année, et déplore que les questions économiques aient été négligées lors de la négociation.
Dénonçant le coût trop élevé des réparations, qui ne pourra pas, selon lui, être supporté par l’Allemagne, Keynes soutient que les dédommagements n’ont aucune commune mesure avec les dommages réels subis notamment par la France (Keynes, 2002 [1920]). Il aura raison sur un point : l’Allemagne cessera ses remboursements, sauf qu’elle investira plus dans son réarmement que le montant des réparations imposées par le traité de Versailles…
Les spécialistes des relations internationales restent très largement insatisfaits lorsqu’ils se tournent, pour comprendre les questions internationales, vers les auteurs néoclassiques en économie. Cette insatisfaction s’explique par le fait que la très grande majorité des modèles théoriques des auteurs néoclassiques a été pensée dans une économie fermée, c’est-à-dire pas ou peu mondialisée : les variables internationales (commerce international, relations monétaires et finance internationale) ne sont pas fondamentales dans l’analyse ; l’objet de recherche central est l’économie intérieure des pays et non celle entre les pays.
(…)
Si les économistes ne sont pas très nombreux à réfléchir sur les relations internationales dans le sens où l’entendent les internationalistes, n’en concluons pas pour autant qu’ils ont tous complètement ignoré les questions internationales. Comme on tend à confondre les « économistes » avec les « économistes néoclassiques » ou « orthodoxes », on néglige un pan entier de la discipline qui inclut pourtant des travaux novateurs. Plusieurs économistes dits « hétérodoxes » auront une influence importante dans les débats en relations internationales et en EPI, que l’on pense à Albert Hirschman, Jacob Viner, Charles Kindleberger, Raymond Vernon ou encore François Perroux, sans oublier Marx, Polanyi ou même Keynes. Par ailleurs, plusieurs auteurs connus, comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz ou encore Jeffrey Sachs, abordent les questions internationales dans leurs travaux sur le développement, les changements climatiques ou la finance. D’autres proposent des analyses sur le libre-échange, sur le Fonds monétaire international, les crises financières ou encore sur l’Organisation mondiale du commerce. Mais ces travaux restent dans les marges de la théorie économique dominante.

 

Lisez l’ouvrage pour savoir en quoi « la France fait figure d’exception » en cette matière 😉

 

TRAITE_RI« Longtemps qualifiées de « science américaine », les relations internationales sont l’un des secteurs les plus porteurs du marché universitaire mondial : offres de cours, programmes de recherche, intérêt des étudiants.
(…)
Ce panorama complet se décline en quatre parties :
1) l’histoire comparée des relations internationales en tant que discipline universitaire ;
2) l’analyse des modalités par lesquelles les autres disciplines, des mathématiques à la philosophie, l’appréhendent ;
3) l’état des savoirs dans les différentes branches du domaine ;
4) l’examen des canaux de diffusion des connaissances, de la pédagogie aux débats publics au sein de la Cité, sans oublier l’expertise et les nouveaux médias.Fruit de la collaboration entre une soixantaine de chercheurs, seniors et juniors, ce traité embrasse tous les aspects des relations internationales, y compris dans leurs développements les plus récents. Il croise différentes approches de ce champ scientifique qu’il entend contribuer à renforcer et à dynamiser dans le monde francophone. »

 

Sommaire

  • AVANT-PROPOS
    Thierry Balzacq et Frédéric Ramel
    PRÉFACE
    Bertrand BadiePARTIE
    1 – CONTEXTUALISATION
    INTRODUCTION
    POUR UNE HISTOIRE DÉCENTRÉE DES RI
    Frédéric Ramel et Thierry Balzacq1 / LE ROYAUME-UNI par A. John R. Groom
    2 / LES ÉTATS-UNIS par David Clinton
    3 / L’AFRIQUE CENTRALE. CONGO, GABON, RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ET TCHAD par Léon Koungou
    4 / L’AFRIQUE DE L’OUEST FRANCOPHONE. BURKINA FASO, CÔTE-D’IVOIRE ET SÉNÉGAL par Luc Marius Ibriga et Léon Sampana
    5 / LA BELGIQUE par Tanguy de Wilde d’Estmael
    6 / LE CAMEROUN par Joseph-Vincent Ntuda Ebodé et Frank Ebogo
    7 / LE CANADA par Félix Grenier et Claire Turenne Sjolander
    8 / LA FRANCE par Dario Battistella
    9 / LE LIBAN par Christophe Varin, Carla Eddé, Christine Babikian Assaf et Jehane Awit Adwane
    10 / LA RUSSIE par Jean-Christophe Romer
    11 / LA SUISSE par Riccardo Bocco, Oliver Jütersonke et Philipp Stucki
    12 / LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO par Germain Ngoie Tshibambe
    13 / LE VIETNAM par Do Duc ThanhPARTIE

    2 – PRODUCTION
    INTRODUCTION
    UNIVERS DISCIPLINAIRES ET ÉTUDES DES RI
    Thierry Balzacq et Frédéric Ramel

    14 / LE DROIT par Barbara Delcourt
    15 / L’ÉCONOMIE par Stéphane Paquin
    16 / LA GÉOGRAPHIE par Gérard Dussouy
    17 / L’HISTOIRE par Pierre Grosser
    18 / LES MATHÉMATIQUES ET LES MODÉLISATIONS par Jacques Viret
    19 / LA PHILOSOPHIE par Klaus-Gerd Giesen
    20 / L’ANALYSE DES POLITIQUES PUBLIQUES par Andy Smith
    21 / LA PSYCHOLOGIE par Stéphane Baele
    22 / LA SOCIOLOGIE par Frédéric Ramel

    PARTIE 3 – ORGANISATION

    INTRODUCTION
    AXES DE RECHERCHE ET D’ÉTUDES
    Thierry Balzacq et Frédéric Ramel

    23 / L’ANALYSE ET LA RÉSOLUTION DES CONFLITS par Franck Petiteville
    24 / LA DIPLOMATIE PUBLIQUE par Pierre Pahlavi
    25 / LE DROIT INTERNATIONAL par Albane Geslin
    26 / L’ÉCONOMIE POLITIQUE INTERNATIONALE par Josepha Laroche
    27 / L’ÉTHIQUE DES RI par Ariel Colonomos
    28 / LES ÉTUDES DE SÉCURITÉ par Thierry Balzacq
    29 / LA STRATÉGIE par Pascal Vennesson
    30 / LA GÉOPOLITIQUE par Frédéric Lasserre
    31 / L’HISTOIRE DES RI par Georges-Henri Soutou
    32 / LA NÉGOCIATION INTERNATIONALE par Valérie Rosoux
    33 / LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES par Michèle Rioux
    34 / LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES SOCIALES ET LES RI par Colin Wight
    35 / LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE par Sébastien Barthe et Charles-Philippe David
    36 / LA PSYCHOLOGIE POLITIQUE INTERNATIONALE par Élisabeth Meur et Marjorie Legendre
    37 / LA THÉORIE DES RI par Alex Macleod
    38 / L’ENVIRONNEMENT DANS LES RI par Daniel Compagnon

    PARTIE 4 – TRANSMISSION

    INTRODUCTION
    CIRCULATION ET USAGES DES CONNAISSANCES
    Frédéric Ramel et Thierry Balzacq

    39 / L’ENSEIGNEMENT DES RI par Jean-Jacques Roche
    40 / L’INTERNATIONAL COMME DIMENSION COMPRÉHENSIVE DANS L’ENSEIGNEMENT DE LA SCIENCE POLITIQUE par Guillaume Devin
    41 / L’USAGE DES SIMULATIONS DE NÉGOCIATION par Aurélien Colson
    42 / BLOGUER LES RI par Bénédicte Tratnjek et Olivier Schmitt
    43 / LES REVUES FRANCOPHONES DE RI par François Ahmed Michaux Bellaire
    44 / LA REVUE ÉTUDES INTERNATIONALES par Gordon Mace
    45 / LE STANDING GROUP ON INTERNATIONAL RELATIONS par Brigitte Vassort-Rousset
    46 / L’EXPERTISE INTERNATIONALE par Nicolas Tenzer
    47 / LES RI, SCIENCE ROYALE ? par Frédéric Charillon
    48 / L’INTERNATIONALISTE ET LA MÉDIATISATION DES RI par Thierry Garcin

    POSTFACE par Helen V. Milner

Rapport – Global Risks 2013

Ecrit par spagano sur . Publié dans Adaptation, Cité, Développement économique, Gestion du risque, Indicateurs, Management environnemental, Modèles économiques, Outils, Références, Résilience, Stratégies territoriales, Supply chain responsable

Il y a quelques jours je parlais de l’incertitude, de la gestion des risques et des modèles économiques.

« Le rapport Global Risks 2013 du World Economic Forum repose sur une enquête à laquelle ont participé plus de 1 000 experts du secteur privé, du secteur public, des milieux universitaires et de la société civile, dans le but d’analyser 50 risques mondiaux.
Il en ressort que les profondes disparités de revenus constituent le risque mondial le plus susceptible de se concrétiser au cours de la prochaine décennie, et que la défaillance majeure du système financier est le risque dont les effets seraient les plus marquants s’il se matérialisait. Quant aux déséquilibres budgétaires chroniques et à la crise de l’approvisionnement en eau, ils figurent parmi les cinq risques les plus susceptibles de se concrétiser et dont les effets seraient les plus marquants la fois. »

 

Rapport spécial : La résilience nationale face aux risques mondiaux.

Cette année, le Rapport spécial aborde la question difficile de savoir comment un pays devrait se préparer face à un risque sur lequel il n’a apparemment aucun contrôle ou aucune influence. Une approche possible repose sur la « pensée systémique » et l’application du concept de résilience au niveau des pays. Le rapport présente cinq composantes de la résilience robustesse, présence de solutions de rechange, capacité à trouver de nouvelles solutions, capacité à réagir, et rétablissement et qui peuvent être appliquées à cinq sous-systèmes des pays : économie, environnement, gouvernance, infrastructures et aspects sociaux.
Il en résulte un outil de diagnostic qui permet aux décideurs d’évaluer et de contrôler la résilience nationale face aux risques mondiaux.

Même si ce rapport spécial se veut conçu selon une approche systémique, il y manque encore beaucoup d’éléments pour mesurer la fragilité et la résilience des territoires. Mais c’est déjà bien de voir que le concept de résilience fait son entrée à ce niveau de gouvernance, dans un rapport global qui pose assez bien les enjeux globaux (à l’échelle macro) auxquels nos territoires et nos économies doivent se préparer. Saurons nous changer de modèle ?

globalrisk_2013

Extrait du sommaire

    Section 2

  • Testing Economic and Environmental Resilience
  • Digital Wildfires in a Hyperconnected World
  • The Dangers of Hubris on Human Health

Section 3

  • Special Report: Building National Resilience to Global Risks

RSE, ISO 26000 et certification…

Ecrit par spagano sur . Publié dans Chaîne de valeur durable, Création de valeur durable, Innovation, Labels, Redevabilité, Résilience, Responsabilité sociétale

Il Y a quelques jours, je me suis fendu d’une remarque un peu piquante sur LinkedIn suite à un article paru dans sur le site Internet de Les Echos, intitulé « Enjeu 2013 de la RSE : l’innovation en soutien à l’amélioration de la performance de l’entreprise ».
 

L’article commençait ainsi :

Le challenge pour les années à venir consiste à dépasser la seule communication de la RSE de l’entreprise, et de pouvoir agir sur les processus internes et la chaîne de valeur de l’organisation » observe Gilles Vermot-Desroches, Directeur développement durable, Schneider Electric. « L’objectif du développement durable au sein de l’entreprise consiste à changer ses modes opératoires pour y inclure les enjeux RSE dans ses composantes. Il s’agit de transformer l’entreprise.

 
Ma réaction avait alors été :

C’est bien… Mais on croit rêver… Les armées de consultants et de communicants découvrent la roue, et il faut que ce soit un « grand quotidien » économique qui l’écrive pour que ça devienne crédible.
L’appropriation et la mise en œuvre des principes de la RSE interrogent forcément la stratégie et la chaîne de valeur de l’entreprise pour l’accompagner à créer et développer de nouveaux modèles de création de valeur, à long terme, c’est justement ça tout l’intérêt de la démarche (…) Ceux qui faisaient commerce du greenwashing découvrent, des années après, le potentiel de la RSE…

 
Cette confusion entretenue par des vendeurs de certification nous a fait perdre un temps précieux vers une indispensable transition vers des modèles économiques réellement soutenables.
 

Là où le bas blesse, c’est que l’on retrouve cette confusion jusque dans les articles de recherche, et pas n’importe où, jusque dans une revue classée 3 selon le classement de la FNGE, donc avec un comité scientifique tout de même conséquent.

En effet, dans le Numéro 2 du Volume 17 de la revue « Management International », se trouve un article certes très intéressant mais qui entretien lui aussi cette confusion et opacifie encore davantage la visibilité et l’importance de démarche RSE comme celle de l’ISO 26000 :

L’article, intitulé « Comment Identifier les parties prenantes dans une certification RSE ? » par Manal El Abboubi, se base sur deux études de cas de certification sur la base de la SA8000.

Ce qui « fait mal », c’est de lire :

«Revue de littérature

La certification RSE : spécificité et enjeux

(…) Les standards tels que la SA8000, le label social belge, l’ISO 26000 (…) »

 
Entendons nous bien, c’est très bien que des labels et des certifications RSE se créent et fassent l’objet de standardisation, d’outils, que des consultants accompagnent les entreprises, que celles-ci puissent faire, rendre compte et faire savoir pour créer de la valeur, et que dans un souci de cohérence, certains s’appuient sur l’ISO 26000 pour cela. Pourquoi pas.
 

Mais l’ISO 26000 n’est pas certifiable !
Ce n’est pas son objectif, et il est primordial de le dire et de le redire.

L’ISO 26000 est justement un OUTIL, formidable, pour se poser des questions, pour intégrer réellement la pensée complexe du développement soutenable dans les organisations… Pour le management, pour l’innovation, pour l’anticipation, pour la création de valeur, pour de nouveau modèles économiques, pour interroger le model de création de valeur, de quelle valeur on veut parler, sur le fonctionnement de la chaîne de valeur etc.

Elle n’a pas été conçue pour être certifiable :

Extrait de « Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale » :

« Cette Norme internationale fournit des lignes directrices aux utilisateurs et n’est ni destinée ni appropriée à des fins de certification. Toute offre de certification, ou prétention de certification selon l’ISO 26000 serait une mauvaise représentation de l’intention et de l’objectif de cette Norme internationale. »

 
 

Site – L’Organisme public socio responsable

Ecrit par spagano sur . Publié dans Achats durables, Achats éthiques, Achats responsables, Clauses éco-responsables, Collectivités, Commande publique responsable, Éco-responsabilité, Guides de ressources, Guides méthodologiques, Outils, Portails, Publics, Sites

L’Organisme public socio responsable

Paru en 2010, L’Organisme public socio responsable est un guide et un outil en ligne à destination des collectivités qui souhaitent s’engager dans la RSO, développé par le club développement durable des établissements et entreprises publics avec le Ministère de l’Écologie et du Développement durable et l’Union des Caisses Nationales de Sécurité Sociale (UCANSS).

 

Ce guide s’adresse à tous les organismes publics souhaitant mettre en œuvre des actions concrètes dans le domaine de la responsabilité sociale interne.

On entend par organismes publics, tous les organismes qui assurent une mission de service public quel que soit leur statut juridique.

L’association d’organismes publics à ce projet offre aux utilisateurs du présent guide un panorama, certes non exhaustif, mais suffisamment large de ce que peut recouvrir une politique ou une démarche de responsabilité sociale interne.

 

 

De l’incertitude et des modèles économiques…

Ecrit par spagano sur . Publié dans Compensation, Éco-responsabilité, Énergie, Externalités, Gestion du risque, Industrie, Modèles économiques, Prospective, Remédiation

L’article de Marianne « Le vrai prix d’un accident nucléaire » commence à poser le début d’une bonne question…

J’ai pour habitude d’introduire auprès de mes étudiants la gestion du risque environnemental de la façon suivante :

« Quelle est l’estampe Japonaise la plus célèbre au monde ? »

Cette question s’est trouvée brûlante d’actualité lors des événements qui se sont déroulés, et dont les conséquences incommensurables vont perdurer quelques milliers d’années encore à Fukushima. En effet, la question autour de l’estampe pose le problème de la gestion du risque de manière simple.

Quand on prend un risque d’accident technologique (le risque zéro n’existant pas), la question est de savoir :
– Un, que fait on quand l’accident se produit effectivement ?
– Deux, qui accepte, assume, cette prise de risque (la question du coût étant sous-jacente) ?

Ainsi, entendre les gens de TEPCO dire qu’ils n’avaient pas imaginé qu’un Tsunami de plus de 6 mètres puisse submerger la zone (sismique)sur laquelle ils ont bâti une centrale nucléaire relève au mieux de la méthode Coué, de l’incompétence dans ce cas compte tenu du sujet traité, au pire, de la mauvaise foi. L’histoire du Japon, mais du monde en général (les traces de Tsunamis ayant ravagé les côtes du monde entier ne sont pas si anciennes), montre que c’est une certitude, un raz de marée pouvant atteindre allègrement les 60 mètres peut toucher n’importe quelle côte, n’importe quand…


Bien sûr, La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai ne représente pas un Tsunami mais un paysage avec une vague d’environ 16 mètres dans une tempête… J’utilise ici « La Vague » pour « imager » le fait que la mer, ses tsunamis, sont totalement intégrés dans la culture japonaise. Au même titre que les pollutions nucléaires et leurs conséquences au travers de GodZilla…

En regardant les pathétiques images de pompiers héroïques tentant de refroidir des piscines de combustible MOX usagé avec des camions incendies bricolés en urgence au dernier moment (quelle préparation !), on se prend à imaginer comment en France nos tout puissants ingénieurs ont intégré tous ces risques dans leurs modèles :
Quels scénarios ils ont préparé et quels scénarios ils ont exclu, quels moyens ils ont prévu, quels budgets etc.

Dans les cours, cela soulève toujours des débats incroyables et passionnants : Entre ceux qui ont une foi dogmatique en la technologie et ceux qui envisagent le pire. Ce serait croquignolesque si ce n’était dramatique. Car la question sous-jacente est la suivante :

Si l’on se représente la France et ses 58 tranches, a-t-on jamais posé clairement aux Français la question de savoir s’ils acceptaient qu’un quart de la France puisse être contaminé, inhabitable, éventuellement pour des milliers d’années, en cas d’accident majeur dans une seule tranche ? Parce que c’est comme ça que la question doit être posée, que l’on soit « pour » ou « contre » l’électro-nucléaire, la question peut être posée aussi simplement que cela : Qui est d’accord pour prendre ce risque, et que fera-t-on s’il se produit, qui va assumer ?


Carte issue de l’article « Comment les centrales nucléaires françaises font face aux risques naturels ? » ©lemoniteur.fr

On touche ici la question des modèles, des externalités et de l’incertitude dans notre modèle économique actuel.

Économie néoclassique de l’environnement :

« Les théorèmes [économiques] sont basés sur des choix philosophiques et politiques. Ces modèles sont en outre incapables de traiter de manière adéquate les problèmes de l’incertitude des modèles eux-mêmes et des questions de l’irréversibilité (destruction, pollutions, disparitions d’espèces etc.).

Le risque écologique est en partie quantifiable et modélisable, mais l’incertitude en terme écologique ne l’est pas. »

Ainsi, « On s’efforce d’internaliser les externalités, on identifie et cerne le dommage par la modélisation économique, avec une intervention de l’état comme dans le principe du pollueur payeur. C’est sur cette base que sont conçus la plupart des Systèmes de Management Environnementaux (SME) qui tendent à évaluer les dégâts et éventuellement prévenir les risques en intégrant les facteurs dans les comptabilités des entreprises et des états, avec une approche classique quantitative (indicateurs), éventuellement prospective (risque) et de valorisation financière.

Parmi les problèmes de cette théorie, il y a la complexité à modéliser les externalités et l’impossibilité temporelle de les évaluer : comment décrire et généraliser les différents acteurs dans le temps sur un marché, comment les générations actuelles peuvent-elles négocier avec leurs futurs petits enfants victimes de leurs choix pour évaluer financièrement le coût « optimal » ?

Alors quel sera le vrai coût et qui va, tôt ou tard, l’assumer ?