Le paradigme économique actuel

Ecrit par spagano sur . Publié dans Croissance, Économie, Gestion des ressources, Histoire, Macro-économie, Marchés, Modèles économiques, Polis, Précarité, Richesse, Société, Théories économiques

Les principes de base de la production de richesses, par le travail, et leur répartition équitable ou non est longtemps restée simple dans l’histoire de l’humanité.

Du moyen âge jusqu’aux alentours du XVIe siècle, les divers systèmes économiques ont principalement été basés sur des principes féodaux. Il faudra attendre le XVIIe siècle et l’école Mercantiliste pour qu’apparaisse la première forme de science sociale dédiée à l’étude et à l’interprétation des mécanismes économiques. Dès le départ, il a été question « d’économie politique » (Ricardo 1821) et non de « science économique », ce qui traduit bien le fait que l’économie n’est pas une science naturelle ou exacte, mais bien une science sociale.
Le système féodal de l’Europe médiévale, dans lequel les travailleurs agricoles travaillent pour une aristocratie qui possède les terres, est la première forme du système économique qui prédomine aujourd’hui : le capitalisme.

Le système féodal va céder la place à une évolution particulière du capitalisme suite à une première forme rudimentaire de mondialisation : par le commerce entre les nations et la découverte de ressources par les Européens aux Amérique, les opérateurs privés ou opérants pour le compte des états vont commencer à s’enrichir, voire devenir extrêmement riche, c’est le mercantilisme. L’école mercantiliste anglaise du XVIIe siècle veut que l’empire colonial se renforce autour d’un état central puissant pour que ce dernier s’enrichisse en dégageant des excédants commerciaux.

Environ un siècle plus tard, une autre école économique apparaît en France, les physiocrates. À l’instar du sang dans le corps humain, ceux-ci décrivent la circulation des flux de richesse entre les différents secteurs économiques, agricoles et non agricoles. Ces principes sont toujours utilisés aujourd’hui concernant la circulation monétaire, mais ce sont également les premiers à avoir introduit la notion de classes sociales.

En décrivant les gains de productivité de la production manufacturière et la division du travail, en préconisant la dérégulation des marchés et l’expansion du commerce, la protection des droits de propriété des détenteurs du capital (mais pas de la propriété foncière) Adam Smith est considéré comme le père du capitalisme avec la parution de son traité sur la Richesse des nations en 1776. Il donne ainsi naissance à un courant économique appelé école classique, dans laquelle on retrouve les économistes David Ricardo, qui élabore une thèse sur la possibilité pour une nation de s’enrichir grâce au libre-échange, et Thomas Malthus, dont la thèse principale est l’obligation de maintenir les salaires des travailleurs au plus bas pour freiner la propension des classes populaires à se multiplier et absorber toute la richesse créée.

Dans la société de la révolution industrielle, particulièrement inégalitaire, ou régnait oppression et inégalité sociales, un autre économiste va apporter les fondations du socialisme : Karl Marx. Si on peut le rattacher à l’école classique, celui-ci décrit selon lui l’inutilité de la rémunération des investissements privés qui ne sont que la traduction d’un rapport social. Le profit généré par les marges sur les produits vendus ne sont selon lui qu’une autre forme d’accaparement des richesses au détriment de ceux qui créent véritablement la richesse, les travailleurs. Il décrit en particulier l’instabilité économique du système capitaliste fait d’une succession incessante de récessions et d’expansions, et la chute du capitalisme par les résistances des peuples.

C’est justement dans ce contexte, alors que les révolutions couvent partout en Europe (dont la Commune à Paris en 1871) et aux États-Unis, amenant à des réformes économiques et sociales comme le droit de vote ou les droits syndicaux, qu’apparaît un nouveau courant de pensée économique : l’école néoclassique. Les économistes de l’école néoclassique, dont Léon Walras sera le plus influent, tentent de démontrer la supériorité morale et technique de l’économie de marché, en centrant leur approche sur les individus plutôt que sur les classes sociales, et en proposant la possibilité de points d’équilibre sur les marchés, notamment l’équilibre général walrassien.

Une grande particularité de l’école néoclassique, vision sociale et politique et non science exacte, est d’avoir construit tout un édifice théorique basé sur des postulats et des axiomes, en créant des modèles mathématiques décrivant ces théories mais souvent présentés comme des démonstrations mathématiques. C’est un point important car l’école néoclassique a profondément marqué la « culture économique » contemporaine, et nous vivons dans une société qui, alors que s’amoncellent autour de nous les effets néfastes et les défauts de ces théories, une sorte de doxa pseudo-scientifique continue de faire de ces théories les bases dominantes dans l’édification des modèles économiques contemporains.

Encore enseignés de nos jours comme bases théoriques des modèles de développement à suivre et comme bases d’analyse de la plupart des approches économiques, les principaux postulats néoclassiques sont les suivants :

– Les individus naissent dotés de facteurs de production (capital, capacité de travail, créativité) et sont dotés préférences qui leur permettent de faire des choix.
– Les technologies sont les moyens par lesquels sont satisfaits les besoins des individus.
– Le marché, assure la répartition optimale des échanges des facteurs de production, des biens et des services, afin de satisfaire les besoins des consommateurs.

Ces théories néoclassiques supposent un certain nombre de prédispositions qui n’ont jamais existé et qui n’existeront sans doute jamais dans l’histoire de l’humanité :
Rationalité parfaite de tous les acteurs (producteurs, consommateurs, intermédiaires, états etc.) ;
État de concurrence parfaite, libre et non faussée (où il n’y aurait aucune distorsion, pression, entente, détournement, dumping etc.) ;
Et enfin, une information complète de tous les acteurs sur l’ensemble des processus.

Même si cette approche de l’économie reste largement dominante dans le monde et a donné lieu à des évolutions monétaristes à la fin des années 1970, comme les « nouveaux néoclassiques » qui vont déréguler totalement les marchés mondiaux et les systèmes financiers, une légère tentative de modération a été introduite dans le capitalisme dans les années 1930 : le keynésianisme. Celui-ci préconise l’intervention des états dans le but de soutenir les acteurs économiques et d’assurer le maintien d’un niveau d’emploi pour éviter la chute de la consommation.

spagano

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