L’échelle des facteurs décisifs de « collapsus » selon Jared Diamond

Ecrit par spagano sur . Publié dans Adaptation, Cité, Énergie, Livres, Société

wpid-jared_diamond_effondrement-2011-12-8-14-25.jpgAu cours des dernières décennies, les archéologues ont montré que la chute de nombreuses sociétés (Mayas, Yucatan, Ile de Pâques, Mésopotamie, Angkor Wat, Zimbabwe) auraient pour origine d’importantes modifications de leur environnement. Jared Diamond, propose une analyse particulière de ce qui peut rendre une société plus fragile qu’une autre, et nous invite par là même à questionner nos propres modèles de développement.

Après avoir analysé les effondrements de nombreuses sociétés, celui-ci propose une analyse en cinq étapes :
• Le premier point consiste à analyser les impacts des activités humaines sur l’environnement : En détruisant les ressources naturelles sur lesquelles ils reposent, les acteurs économiques détruisent par là même (épuisement des ressources) la source même de leur développement économique, de leur moteur de création de richesse.
• Le deuxième point est le changement climatique : Chaque société doit être en mesure de s’adapter aux variations climatiques quelle que soit l’origine — cycles naturels, phénomènes naturels ou dus à une activité humaine. Impacts sur les ressources alimentaires, conditions de vie, impacts sur les échanges commerciaux (troisième point).
• Le troisième point est le type de relations avec les sociétés voisines dites « amicales », avec lesquelles, par le biais des échanges diplomatiques et commerciaux, de coopération, il est possible de répondre temporairement ou durablement aux besoins de la société.
• Le quatrième point est l’état des relations avec les sociétés dites « ennemies », ou en concurrence : charge des ressources consacrées à l’armement et aux armées, risques sur les terres et l’accès aux ressources, risques sur les échanges commerciaux etc.
• Le cinquième point concerne les facteurs politiques, économiques, sociaux et culturels qui font qu’une société est plus ou moins à même de prendre conscience et de régler ses problèmes, qu’ils soient environnementaux ou vis-à-vis de l’accès aux ressources dont elle a besoin. Le rôle des élites et leurs intérêts à court terme face aux intérêts à long terme de la société, les outils d’information et de mesure etc.

Selon Jared Diamond, des similarités ressortent des comparaisons entre sociétés du passé qui se sont ou ne se sont pas effondrées et les sociétés contemporaines qui aujourd’hui doivent faire face à des problèmes de plus en plus saillants. Il note que dans beaucoup de cas, on note une similarité de la rapidité de l’effondrement après qu’une société a atteint son apogée. Beaucoup de sociétés n’arriveraient pas à leur fin graduellement, mais se construisent, deviennent plus riches et plus puissantes, et en un court laps de temps, à peine après quelques décennies suivant leur apogée, s’effondrent — par exemple les Mayas des Basses-Terres du Yucatan qui s’effondrent au début du IXème siècle, quelques décennies à peine après avoir bâtis leurs plus gros monuments et que leur population est atteint son apogée.

À l’instar de la croissance des bactéries dans une boite de pétri, les effondrements rapides sont particulièrement probables lorsqu’il y a une disparité entre les ressources disponibles, leur renouvellement ou non, et leur niveau de consommation, avec par analogie, une disparité entre les dépenses et le potentiel économique de la société. Dans une boite de pétri, si les bactéries se développent au rythme d’un doublement à chaque génération, il suffit d’une génération pour passer d’un boite à moitié vide à une boite saturée.
Selon lui, cette approche doit permettre de tirer plusieurs observations :
- La première est que lorsque l’on veut observer la création de richesses, il ne faut pas s’intéresser à la fonction mathématique elle-même mais à ses dérivées premières et secondes.
- La seconde est qu’il y a beaucoup de facteurs environnementaux qui font que certaines sociétés sont plus fragiles que d’autres, et qu’il faut prendre en compte la complexité des facteurs environnementaux en présence dans chaque société.
- Enfin, la troisième est la raison pour laquelle face aux changements observés les sociétés ne modifient pas leurs comportements.

Pourquoi les sociétés échouent-elles à percevoir les problèmes, et si elles les perçoivent, pourquoi échouent-elles à les affronter et à les résoudre?

Selon Jared Diamond, la première raison est très probablement un conflit d’intérêt entre les intérêts à court terme de l’élite qui prend les décisions et les intérêts à long terme de la société dans son ensemble. En particulier si les élites sont capables de s’isoler des conséquences de leurs actions. Si ce qui est bon sur le court terme pour l’élite est néfaste pour la société dans son ensemble, il y a un risque réel que l’élite prenne des décisions qui vont amener une société à sa fin sur le long terme. 

L’autre point important est la prise de décisions quand il y a un conflit impliquant des valeurs fortes qui sont positives dans beaucoup de circonstances mais négatives dans d’autres : le risque d’éclatement social ou de valeurs, d’identité etc. sont loin d’être négligeables « il est particulièrement difficile de changer de direction quand les choses qui vous attirent des ennuis sont aussi celles qui font votre force ».

Jared Diamond est professeur à l’UCLA, et l’auteur de plusieurs livres dont Collapse: How Societies Choose to Fail or Succeed en 2005, traduit en 2006 sous le titre « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » au éditions Gallimard.

spagano

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