Livre : Il y aura l’âge des choses légères

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wpid-age_des_choses_legeres-2011-01-5-12-56.gif Sous la direction de Thierry Kazazian, « Il y aura l’âge des choses légères » est un véritable manifeste qui questionne notre monde quotidien. Il pose clairement, de manière simple et originale la question du design et de la vie de nos objets quotidiens.
Après un historique rapide sur l’utopie moderniste, ce livre aborde successivement les questions d’interdépendance globale, de temps et de durabilité, de cycles et d’écosystèmes et d’optimum. Il apporte des propositions originales et créatives, en terme de produits et de services.
Eau, alimentation, énergie, habitat, mobilité, sport, multimédia sont pris en exemple pour proposer de nouvelles approches. Obsolescence, écosystèmes industriels, flux, valorisation amélioration continue, optimum… et légèreté ! Un livre qui en quelques pages remplace bien des ouvrages indigestes. Vive la légèreté.
Kazazian, Thierry. Il y aura l’âge des choses légères. Design et développement durable. Paris: Victoires, 2003.

Le paradigme économique actuel

Ecrit par spagano sur . Publié dans Croissance, Économie, Gestion des ressources, Histoire, Macro-économie, Marchés, Modèles économiques, Polis, Précarité, Richesse, Société, Théories économiques

Les principes de base de la production de richesses, par le travail, et leur répartition équitable ou non est longtemps restée simple dans l’histoire de l’humanité.

Du moyen âge jusqu’aux alentours du XVIe siècle, les divers systèmes économiques ont principalement été basés sur des principes féodaux. Il faudra attendre le XVIIe siècle et l’école Mercantiliste pour qu’apparaisse la première forme de science sociale dédiée à l’étude et à l’interprétation des mécanismes économiques. Dès le départ, il a été question « d’économie politique » (Ricardo 1821) et non de « science économique », ce qui traduit bien le fait que l’économie n’est pas une science naturelle ou exacte, mais bien une science sociale.
Le système féodal de l’Europe médiévale, dans lequel les travailleurs agricoles travaillent pour une aristocratie qui possède les terres, est la première forme du système économique qui prédomine aujourd’hui : le capitalisme.

Le système féodal va céder la place à une évolution particulière du capitalisme suite à une première forme rudimentaire de mondialisation : par le commerce entre les nations et la découverte de ressources par les Européens aux Amérique, les opérateurs privés ou opérants pour le compte des états vont commencer à s’enrichir, voire devenir extrêmement riche, c’est le mercantilisme. L’école mercantiliste anglaise du XVIIe siècle veut que l’empire colonial se renforce autour d’un état central puissant pour que ce dernier s’enrichisse en dégageant des excédants commerciaux.

Environ un siècle plus tard, une autre école économique apparaît en France, les physiocrates. À l’instar du sang dans le corps humain, ceux-ci décrivent la circulation des flux de richesse entre les différents secteurs économiques, agricoles et non agricoles. Ces principes sont toujours utilisés aujourd’hui concernant la circulation monétaire, mais ce sont également les premiers à avoir introduit la notion de classes sociales.

En décrivant les gains de productivité de la production manufacturière et la division du travail, en préconisant la dérégulation des marchés et l’expansion du commerce, la protection des droits de propriété des détenteurs du capital (mais pas de la propriété foncière) Adam Smith est considéré comme le père du capitalisme avec la parution de son traité sur la Richesse des nations en 1776. Il donne ainsi naissance à un courant économique appelé école classique, dans laquelle on retrouve les économistes David Ricardo, qui élabore une thèse sur la possibilité pour une nation de s’enrichir grâce au libre-échange, et Thomas Malthus, dont la thèse principale est l’obligation de maintenir les salaires des travailleurs au plus bas pour freiner la propension des classes populaires à se multiplier et absorber toute la richesse créée.

Dans la société de la révolution industrielle, particulièrement inégalitaire, ou régnait oppression et inégalité sociales, un autre économiste va apporter les fondations du socialisme : Karl Marx. Si on peut le rattacher à l’école classique, celui-ci décrit selon lui l’inutilité de la rémunération des investissements privés qui ne sont que la traduction d’un rapport social. Le profit généré par les marges sur les produits vendus ne sont selon lui qu’une autre forme d’accaparement des richesses au détriment de ceux qui créent véritablement la richesse, les travailleurs. Il décrit en particulier l’instabilité économique du système capitaliste fait d’une succession incessante de récessions et d’expansions, et la chute du capitalisme par les résistances des peuples.

C’est justement dans ce contexte, alors que les révolutions couvent partout en Europe (dont la Commune à Paris en 1871) et aux États-Unis, amenant à des réformes économiques et sociales comme le droit de vote ou les droits syndicaux, qu’apparaît un nouveau courant de pensée économique : l’école néoclassique. Les économistes de l’école néoclassique, dont Léon Walras sera le plus influent, tentent de démontrer la supériorité morale et technique de l’économie de marché, en centrant leur approche sur les individus plutôt que sur les classes sociales, et en proposant la possibilité de points d’équilibre sur les marchés, notamment l’équilibre général walrassien.

Une grande particularité de l’école néoclassique, vision sociale et politique et non science exacte, est d’avoir construit tout un édifice théorique basé sur des postulats et des axiomes, en créant des modèles mathématiques décrivant ces théories mais souvent présentés comme des démonstrations mathématiques. C’est un point important car l’école néoclassique a profondément marqué la « culture économique » contemporaine, et nous vivons dans une société qui, alors que s’amoncellent autour de nous les effets néfastes et les défauts de ces théories, une sorte de doxa pseudo-scientifique continue de faire de ces théories les bases dominantes dans l’édification des modèles économiques contemporains.

Encore enseignés de nos jours comme bases théoriques des modèles de développement à suivre et comme bases d’analyse de la plupart des approches économiques, les principaux postulats néoclassiques sont les suivants :

– Les individus naissent dotés de facteurs de production (capital, capacité de travail, créativité) et sont dotés préférences qui leur permettent de faire des choix.
– Les technologies sont les moyens par lesquels sont satisfaits les besoins des individus.
– Le marché, assure la répartition optimale des échanges des facteurs de production, des biens et des services, afin de satisfaire les besoins des consommateurs.

Ces théories néoclassiques supposent un certain nombre de prédispositions qui n’ont jamais existé et qui n’existeront sans doute jamais dans l’histoire de l’humanité :
Rationalité parfaite de tous les acteurs (producteurs, consommateurs, intermédiaires, états etc.) ;
État de concurrence parfaite, libre et non faussée (où il n’y aurait aucune distorsion, pression, entente, détournement, dumping etc.) ;
Et enfin, une information complète de tous les acteurs sur l’ensemble des processus.

Même si cette approche de l’économie reste largement dominante dans le monde et a donné lieu à des évolutions monétaristes à la fin des années 1970, comme les « nouveaux néoclassiques » qui vont déréguler totalement les marchés mondiaux et les systèmes financiers, une légère tentative de modération a été introduite dans le capitalisme dans les années 1930 : le keynésianisme. Celui-ci préconise l’intervention des états dans le but de soutenir les acteurs économiques et d’assurer le maintien d’un niveau d’emploi pour éviter la chute de la consommation.

Notre modèle actuel de développement

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Lors de son discours sur l’état de l’Union le 11 janvier 1944, le président des États-Unis, alors en guerre, Franklin D. Roosevelt, suggéra que la nation américaine devait ajouter une seconde Déclaration des droits dans la constitution des États-Unis car selon lui, les droits politiques garantis par la constitution et la Déclaration des droits s’étaient « montrés inadéquats pour assurer l’égalité dans la poursuite du bonheur ». Il proposa donc de créer une déclaration des droits économiques qui garantiraient un emploi avec un salaire décent, la préservation de la liberté contre les distorsions de compétition et les monopoles, un logement, une assurance-maladie, le droit à une éducation publique et une sécurité sociale.

En juin 1962, paraît aux États-Unis dans The New Yorker une série d’articles qui seront réunis plus tard dans un livre qui va culminer dans les ventes de livres pendant plusieurs semaines. Silent Spring, écrit par une naturaliste, Rachel Carson, évoquait un printemps silencieux durant lequel il n’y aurait plus d’oiseaux qui chantent. L’auteur évoquait les conséquences des effets des pesticides sur les oiseaux, et attirait l’attention des lecteurs sur la pollution de l’environnement par les pesticides. Plus encore, Rachel Carson pointait la politique délibérée de désinformation de l’industrie pétrochimique et le comportement conciliant des autorités publiques vis-à-vis de cette industrie, contre l’intérêt général de ses concitoyens.

Pourquoi parler ici de ces prises de position américaine ?

Le 18 mars 1968, Robert F. Kennedy dans un discours sur la politique générale des États-Unis à l’université du Texas déclara 27 ans après le discours sur l’état de l’Union du 11 janvier 1944 de Franklin D. Roosevelt, que dans un pays qui avait un PIB de 800 milliards de dollars, certains enfants du Mississippi marchaient nus dans les rues, le ventre gonflé par la malnutrition et la peau ravagée par les signes de la faim et de la pauvreté. Il décrivit le PIB comme un indicateur qui « compte la pollution de l’air, la publicité pour les cigarettes, et les ambulances pour nettoyer le carnage des accidents sur les autoroutes. Il compte la destruction de la forêt (…) le napalm et la fabrication de têtes nucléaires (…) les programmes télévisuels qui glorifient la violence pour vendre des jouets à nos enfants ».

À cette époque appelée si injustement « trente glorieuses », par l’économiste français Jean Fourastié en 1979 pour désigner les trente années de forte croissance économique, de « plein-emploi et d’essor de la consommation », l’Amérique et son modèle de développement, ses théories économiques, s’imposaient au monde « libre ». La formidable machine manufacturière mise en œuvre pour produire l’effort de guerre, confortée par des réserves en or considérables reçues en compensation de ses engagements militaires dans le monde et de la vente de ses biens et de ses services, des ressources énergétiques disponibles et peu coûteuses, conférait aux États-Unis une toute puissance que seul le bloc soviétique lui contestait.

Pendant la seconde guerre mondiale, la majorité des actifs productifs, financiers, humains, a été réquisitionnée par le gouvernement américain au titre de l’effort de guerre3. Les États-Unis se sont transformés en une immense machine de production conçue pour produire en masse véhicules, équipements, aliments, technologies énergétiques, matériaux, destinés à construire une capacité militaire écrasante, nécessaire compte tenu de ses engagements simultanés en Europe, en Asie et dans le Pacifique, à la fois comme fournisseur pour les alliés en guerre, puis en tant que pays engagé lui-même militairement.

À la fin de la guerre, le pays qui n’avait pas eu à subir de destructions massives sur son propre territoire, n’a pas eu à se reconstruire. L’Europe et l’Asie en revanche, particulièrement touchés par les destructions et les combats, étaient entièrement à reconstruire. Pour éviter de mettre à l’arrêt son industrie, et de fait, mettre au chômage des dizaines de millions de ses citoyens, le gouvernement américain a poursuivi une politique incitative de consommation intérieure, en terme d’aménagements, d’infrastructures publiques et d’équipement des ménages, en s’appuyant à la fois sur ses réserves financières et sur le crédit.

Le marché interne était limité face à la capacité de production américaine, alors que le reste du monde était à reconstruire, il suffisait aux États-Unis de financer la reconstruction européenne et asiatique en contrepartie toutefois d’une dérégulation des accès à leurs marchés, pour disposer d’un marché mondial capable d’absorber la production américaine.

Économie écologique et écologie industrielle

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L’Économie écologique considère que l’ensemble des activités économiques font partie de l’environnement. Le système économique transformant des ressources en déchets, cette approche évalue les processus et leurs impacts éventuels sur les ressources naturelles et les déchets, en se basant sur une approche scientifique : les instruments de cette approche sont la quantification des processus chimique et biophysique.

Dans ce modèle, la nature est intégrée dans le raisonnement économique et l’environnement change la nature même de l’économie.

Cette approche est à l’origine de l’écologie industrielle, qui modélise des systèmes fermés, selon un raisonnement que l’on peut appliquer à l’échelle d’une ville, d’une région, d’une activité ou d’un produit, principe que l’on retrouve dans l’Analyse de Cycle de Vie.

L’économie écologique fait appel à la notion de stock non renouvelable, qui connaît une déplétion irrémédiable et qu’il faut donc exploiter de manière optimale (écologie industrielle), et de stock renouvelable qu’il faut exploiter de manière maximale en tenant compte de sa capacité de renouvellement. Cette approche qui s’appuie sur les lois de la thermodynamique va compléter l’étude des deux concepts qui s’opposent : la soutenabilité dite faible, et la soutenabilité dite forte.

Soutenabilité faible et forte

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Pour l’économie néoclassique, tout ce qui entre dans les processus productifs est considéré comme du capital : ressources naturelles, connaissance, ressources artificielles.

Ces éléments sont ainsi substituables les uns aux autres, l’élément déterminant étant que le capital global doit être perpétuellement croissant.

Dans le cadre de la soutenabilité dite faible, l’épuisement d’une ressource naturelle n’est pas un problème dans la mesure où un autre capital sera venu s’y substituer, qu’il soit humain, machine, biens, services etc.
Dans le cadre de la soutenabilité forte, où le capital naturel est reconnu comme apportant des fonctions extra-économiques, la substituabilité n’est pas parfaite, elle est donc en principe exclue.

Depuis la prise de conscience de l’épuisement des ressources, la théorie économique néoclassique du développement durable utilise les lois de la thermodynamique, en mettant l’accent sur le progrès technique :
Sur la terre, en admettant que le système soit clos, le cycle du carbone est alimenté par l’apport constant d’énergie fait par le soleil, c’est le phénomène de la photosynthèse. Selon la première loi de la thermodynamique, la masse, donc la matière, et l’énergie sont liées par une relation d’équivalence et donc indéfiniment substituables. Dans les théories économiques du développement durable, il y a égalité entre la masse des ressources extraites de l’environnement et la masse des déchets produits par les activités de transformation, puis les déchets. Associé au principe de substituabilité du capital naturel par le capital issu des activités humaines, c’est l’approche dite de soutenabilité faible.

Les économistes ne prenant que les lois qui les arrangent, ils ont alors « oublié » la seconde loi de la thermodynamique : l’entropie. Le principe de l’entropie est que même si la quantité d’énergie reste constante, la transformation, notamment lors de l’utilisation de moteurs, de transformation de matière etc. génère des déperditions (immobilisation, refroidissement etc.) et des déchets qui ne sont pas totalement recyclables.

Cette dernière thèse est la position de l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen qui va être à l’origine du courant de la décroissance. Dans cette approche, le capital naturel n’est pas substituable au capital généré par les activités humaines, ce principe défini la soutenabilité forte.

L’économie néoclassique est basée sur la possibilité de remplacer par du capital technologique ou financier, du capital naturel.