Livre : Traité de Relations Internationales

Ecrit par spagano sur . Publié dans Économie, Géopolitique, Gestion du risque, Histoire, Livres, Macro-économie, Micro-économie, Références, Société, Stratégie, Théories économiques

Avant de citer les pages descriptives de SciencesPo, un extrait, et de donner le sommaire, voilà un livre incontournable pour toutes celles et pour tous ceux qui s’intéressent à la géopolitique, à la diplomatie internationale et aux enjeux stratégiques dans le monde. Et il s’agit bien d’un « Traité », et quel traité !
1 200 pages parfaitement structurées, des articles solidement étayés, une bibliographie exemplaire… C’est une somme de travail dont on rêverait dans bien d’autres domaines.

Indispensable. Je vous recommande en particulier le chapitre 2.
Extraits du chapitre 15,  « L’économie » par Stéphane Paquin :

 Même s’il ne faut pas généraliser, force est de constater que les économistes sont peu présents lorsqu’il s’agit d’expliquer les questions internationales à l’extérieur des phénomènes proprement économiques et financiers. Alors que les fondateurs de la discipline, comme Smith ou encore Ricardo, s’intéressaient aux effets du commerce international sur la paix entre les nations, très peu d’économistes contemporains portent leur attention sur les grandes questions de sécurité internationale. Avec l’avènement de la synthèse néoclassique après la seconde guerre mondiale, les questions internationales sont encore plus marginalisées par les économistes. Les néoclassiques, qui forment de nos jours l’orthodoxie en économie, sont issus de la synthèse des idées keynésiennes avec les théories économiques classiques. L’essentiel de leurs travaux porte sur les économies nationales sans trop se préoccuper des questions internationales.
Depuis les célèbres travaux d’Adam Smith, qui s’opposait aux mercantilistes, et ceux de David Ricardo, qui soutenait que le libre-échange était un facteur d’enrichissement même pour le pays qui est totalement désavantagé par les termes des échanges, la majorité des économistes classiques croit, ne serait-ce qu’implicitement, que l’expansion du commerce international, le libre-échange et l’interdépendance économique sont des facteurs de paix entre les nations (Paquin, 2008).
(…)
Les mercantilistes ne sont pas les seuls à penser que le commerce peut entraîner la guerre. Leur point de vue est partagé par l’un des plus grands économistes du XXe siècle, John Maynard Keynes. Ce dernier émet des doutes sur la validité de cette théorie de la paix par le doux commerce formulée par Montesquieu. Très affecté par la première guerre mondiale et la crise de 1929, il prône plutôt, dans un article publié en 1933 dans The Yale Review qui a pour titre « National Self-Sufficiency », des politiques d’autosuffisance nationale. Dans le livre qu’il publie en 1919, intitulé Les Conséquences économiques de la paix, il critique le traité de Versailles conclu la même année, et déplore que les questions économiques aient été négligées lors de la négociation.
Dénonçant le coût trop élevé des réparations, qui ne pourra pas, selon lui, être supporté par l’Allemagne, Keynes soutient que les dédommagements n’ont aucune commune mesure avec les dommages réels subis notamment par la France (Keynes, 2002 [1920]). Il aura raison sur un point : l’Allemagne cessera ses remboursements, sauf qu’elle investira plus dans son réarmement que le montant des réparations imposées par le traité de Versailles…
Les spécialistes des relations internationales restent très largement insatisfaits lorsqu’ils se tournent, pour comprendre les questions internationales, vers les auteurs néoclassiques en économie. Cette insatisfaction s’explique par le fait que la très grande majorité des modèles théoriques des auteurs néoclassiques a été pensée dans une économie fermée, c’est-à-dire pas ou peu mondialisée : les variables internationales (commerce international, relations monétaires et finance internationale) ne sont pas fondamentales dans l’analyse ; l’objet de recherche central est l’économie intérieure des pays et non celle entre les pays.
(…)
Si les économistes ne sont pas très nombreux à réfléchir sur les relations internationales dans le sens où l’entendent les internationalistes, n’en concluons pas pour autant qu’ils ont tous complètement ignoré les questions internationales. Comme on tend à confondre les « économistes » avec les « économistes néoclassiques » ou « orthodoxes », on néglige un pan entier de la discipline qui inclut pourtant des travaux novateurs. Plusieurs économistes dits « hétérodoxes » auront une influence importante dans les débats en relations internationales et en EPI, que l’on pense à Albert Hirschman, Jacob Viner, Charles Kindleberger, Raymond Vernon ou encore François Perroux, sans oublier Marx, Polanyi ou même Keynes. Par ailleurs, plusieurs auteurs connus, comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz ou encore Jeffrey Sachs, abordent les questions internationales dans leurs travaux sur le développement, les changements climatiques ou la finance. D’autres proposent des analyses sur le libre-échange, sur le Fonds monétaire international, les crises financières ou encore sur l’Organisation mondiale du commerce. Mais ces travaux restent dans les marges de la théorie économique dominante.

 

Lisez l’ouvrage pour savoir en quoi « la France fait figure d’exception » en cette matière 😉

 

TRAITE_RI« Longtemps qualifiées de « science américaine », les relations internationales sont l’un des secteurs les plus porteurs du marché universitaire mondial : offres de cours, programmes de recherche, intérêt des étudiants.
(…)
Ce panorama complet se décline en quatre parties :
1) l’histoire comparée des relations internationales en tant que discipline universitaire ;
2) l’analyse des modalités par lesquelles les autres disciplines, des mathématiques à la philosophie, l’appréhendent ;
3) l’état des savoirs dans les différentes branches du domaine ;
4) l’examen des canaux de diffusion des connaissances, de la pédagogie aux débats publics au sein de la Cité, sans oublier l’expertise et les nouveaux médias.Fruit de la collaboration entre une soixantaine de chercheurs, seniors et juniors, ce traité embrasse tous les aspects des relations internationales, y compris dans leurs développements les plus récents. Il croise différentes approches de ce champ scientifique qu’il entend contribuer à renforcer et à dynamiser dans le monde francophone. »

 

Sommaire

  • AVANT-PROPOS
    Thierry Balzacq et Frédéric Ramel
    PRÉFACE
    Bertrand BadiePARTIE
    1 – CONTEXTUALISATION
    INTRODUCTION
    POUR UNE HISTOIRE DÉCENTRÉE DES RI
    Frédéric Ramel et Thierry Balzacq1 / LE ROYAUME-UNI par A. John R. Groom
    2 / LES ÉTATS-UNIS par David Clinton
    3 / L’AFRIQUE CENTRALE. CONGO, GABON, RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ET TCHAD par Léon Koungou
    4 / L’AFRIQUE DE L’OUEST FRANCOPHONE. BURKINA FASO, CÔTE-D’IVOIRE ET SÉNÉGAL par Luc Marius Ibriga et Léon Sampana
    5 / LA BELGIQUE par Tanguy de Wilde d’Estmael
    6 / LE CAMEROUN par Joseph-Vincent Ntuda Ebodé et Frank Ebogo
    7 / LE CANADA par Félix Grenier et Claire Turenne Sjolander
    8 / LA FRANCE par Dario Battistella
    9 / LE LIBAN par Christophe Varin, Carla Eddé, Christine Babikian Assaf et Jehane Awit Adwane
    10 / LA RUSSIE par Jean-Christophe Romer
    11 / LA SUISSE par Riccardo Bocco, Oliver Jütersonke et Philipp Stucki
    12 / LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO par Germain Ngoie Tshibambe
    13 / LE VIETNAM par Do Duc ThanhPARTIE

    2 – PRODUCTION
    INTRODUCTION
    UNIVERS DISCIPLINAIRES ET ÉTUDES DES RI
    Thierry Balzacq et Frédéric Ramel

    14 / LE DROIT par Barbara Delcourt
    15 / L’ÉCONOMIE par Stéphane Paquin
    16 / LA GÉOGRAPHIE par Gérard Dussouy
    17 / L’HISTOIRE par Pierre Grosser
    18 / LES MATHÉMATIQUES ET LES MODÉLISATIONS par Jacques Viret
    19 / LA PHILOSOPHIE par Klaus-Gerd Giesen
    20 / L’ANALYSE DES POLITIQUES PUBLIQUES par Andy Smith
    21 / LA PSYCHOLOGIE par Stéphane Baele
    22 / LA SOCIOLOGIE par Frédéric Ramel

    PARTIE 3 – ORGANISATION

    INTRODUCTION
    AXES DE RECHERCHE ET D’ÉTUDES
    Thierry Balzacq et Frédéric Ramel

    23 / L’ANALYSE ET LA RÉSOLUTION DES CONFLITS par Franck Petiteville
    24 / LA DIPLOMATIE PUBLIQUE par Pierre Pahlavi
    25 / LE DROIT INTERNATIONAL par Albane Geslin
    26 / L’ÉCONOMIE POLITIQUE INTERNATIONALE par Josepha Laroche
    27 / L’ÉTHIQUE DES RI par Ariel Colonomos
    28 / LES ÉTUDES DE SÉCURITÉ par Thierry Balzacq
    29 / LA STRATÉGIE par Pascal Vennesson
    30 / LA GÉOPOLITIQUE par Frédéric Lasserre
    31 / L’HISTOIRE DES RI par Georges-Henri Soutou
    32 / LA NÉGOCIATION INTERNATIONALE par Valérie Rosoux
    33 / LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES par Michèle Rioux
    34 / LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES SOCIALES ET LES RI par Colin Wight
    35 / LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE par Sébastien Barthe et Charles-Philippe David
    36 / LA PSYCHOLOGIE POLITIQUE INTERNATIONALE par Élisabeth Meur et Marjorie Legendre
    37 / LA THÉORIE DES RI par Alex Macleod
    38 / L’ENVIRONNEMENT DANS LES RI par Daniel Compagnon

    PARTIE 4 – TRANSMISSION

    INTRODUCTION
    CIRCULATION ET USAGES DES CONNAISSANCES
    Frédéric Ramel et Thierry Balzacq

    39 / L’ENSEIGNEMENT DES RI par Jean-Jacques Roche
    40 / L’INTERNATIONAL COMME DIMENSION COMPRÉHENSIVE DANS L’ENSEIGNEMENT DE LA SCIENCE POLITIQUE par Guillaume Devin
    41 / L’USAGE DES SIMULATIONS DE NÉGOCIATION par Aurélien Colson
    42 / BLOGUER LES RI par Bénédicte Tratnjek et Olivier Schmitt
    43 / LES REVUES FRANCOPHONES DE RI par François Ahmed Michaux Bellaire
    44 / LA REVUE ÉTUDES INTERNATIONALES par Gordon Mace
    45 / LE STANDING GROUP ON INTERNATIONAL RELATIONS par Brigitte Vassort-Rousset
    46 / L’EXPERTISE INTERNATIONALE par Nicolas Tenzer
    47 / LES RI, SCIENCE ROYALE ? par Frédéric Charillon
    48 / L’INTERNATIONALISTE ET LA MÉDIATISATION DES RI par Thierry Garcin

    POSTFACE par Helen V. Milner

Le paradigme économique actuel

Ecrit par spagano sur . Publié dans Croissance, Économie, Gestion des ressources, Histoire, Macro-économie, Marchés, Modèles économiques, Polis, Précarité, Richesse, Société, Théories économiques

Les principes de base de la production de richesses, par le travail, et leur répartition équitable ou non est longtemps restée simple dans l’histoire de l’humanité.

Du moyen âge jusqu’aux alentours du XVIe siècle, les divers systèmes économiques ont principalement été basés sur des principes féodaux. Il faudra attendre le XVIIe siècle et l’école Mercantiliste pour qu’apparaisse la première forme de science sociale dédiée à l’étude et à l’interprétation des mécanismes économiques. Dès le départ, il a été question « d’économie politique » (Ricardo 1821) et non de « science économique », ce qui traduit bien le fait que l’économie n’est pas une science naturelle ou exacte, mais bien une science sociale.
Le système féodal de l’Europe médiévale, dans lequel les travailleurs agricoles travaillent pour une aristocratie qui possède les terres, est la première forme du système économique qui prédomine aujourd’hui : le capitalisme.

Le système féodal va céder la place à une évolution particulière du capitalisme suite à une première forme rudimentaire de mondialisation : par le commerce entre les nations et la découverte de ressources par les Européens aux Amérique, les opérateurs privés ou opérants pour le compte des états vont commencer à s’enrichir, voire devenir extrêmement riche, c’est le mercantilisme. L’école mercantiliste anglaise du XVIIe siècle veut que l’empire colonial se renforce autour d’un état central puissant pour que ce dernier s’enrichisse en dégageant des excédants commerciaux.

Environ un siècle plus tard, une autre école économique apparaît en France, les physiocrates. À l’instar du sang dans le corps humain, ceux-ci décrivent la circulation des flux de richesse entre les différents secteurs économiques, agricoles et non agricoles. Ces principes sont toujours utilisés aujourd’hui concernant la circulation monétaire, mais ce sont également les premiers à avoir introduit la notion de classes sociales.

En décrivant les gains de productivité de la production manufacturière et la division du travail, en préconisant la dérégulation des marchés et l’expansion du commerce, la protection des droits de propriété des détenteurs du capital (mais pas de la propriété foncière) Adam Smith est considéré comme le père du capitalisme avec la parution de son traité sur la Richesse des nations en 1776. Il donne ainsi naissance à un courant économique appelé école classique, dans laquelle on retrouve les économistes David Ricardo, qui élabore une thèse sur la possibilité pour une nation de s’enrichir grâce au libre-échange, et Thomas Malthus, dont la thèse principale est l’obligation de maintenir les salaires des travailleurs au plus bas pour freiner la propension des classes populaires à se multiplier et absorber toute la richesse créée.

Dans la société de la révolution industrielle, particulièrement inégalitaire, ou régnait oppression et inégalité sociales, un autre économiste va apporter les fondations du socialisme : Karl Marx. Si on peut le rattacher à l’école classique, celui-ci décrit selon lui l’inutilité de la rémunération des investissements privés qui ne sont que la traduction d’un rapport social. Le profit généré par les marges sur les produits vendus ne sont selon lui qu’une autre forme d’accaparement des richesses au détriment de ceux qui créent véritablement la richesse, les travailleurs. Il décrit en particulier l’instabilité économique du système capitaliste fait d’une succession incessante de récessions et d’expansions, et la chute du capitalisme par les résistances des peuples.

C’est justement dans ce contexte, alors que les révolutions couvent partout en Europe (dont la Commune à Paris en 1871) et aux États-Unis, amenant à des réformes économiques et sociales comme le droit de vote ou les droits syndicaux, qu’apparaît un nouveau courant de pensée économique : l’école néoclassique. Les économistes de l’école néoclassique, dont Léon Walras sera le plus influent, tentent de démontrer la supériorité morale et technique de l’économie de marché, en centrant leur approche sur les individus plutôt que sur les classes sociales, et en proposant la possibilité de points d’équilibre sur les marchés, notamment l’équilibre général walrassien.

Une grande particularité de l’école néoclassique, vision sociale et politique et non science exacte, est d’avoir construit tout un édifice théorique basé sur des postulats et des axiomes, en créant des modèles mathématiques décrivant ces théories mais souvent présentés comme des démonstrations mathématiques. C’est un point important car l’école néoclassique a profondément marqué la « culture économique » contemporaine, et nous vivons dans une société qui, alors que s’amoncellent autour de nous les effets néfastes et les défauts de ces théories, une sorte de doxa pseudo-scientifique continue de faire de ces théories les bases dominantes dans l’édification des modèles économiques contemporains.

Encore enseignés de nos jours comme bases théoriques des modèles de développement à suivre et comme bases d’analyse de la plupart des approches économiques, les principaux postulats néoclassiques sont les suivants :

– Les individus naissent dotés de facteurs de production (capital, capacité de travail, créativité) et sont dotés préférences qui leur permettent de faire des choix.
– Les technologies sont les moyens par lesquels sont satisfaits les besoins des individus.
– Le marché, assure la répartition optimale des échanges des facteurs de production, des biens et des services, afin de satisfaire les besoins des consommateurs.

Ces théories néoclassiques supposent un certain nombre de prédispositions qui n’ont jamais existé et qui n’existeront sans doute jamais dans l’histoire de l’humanité :
Rationalité parfaite de tous les acteurs (producteurs, consommateurs, intermédiaires, états etc.) ;
État de concurrence parfaite, libre et non faussée (où il n’y aurait aucune distorsion, pression, entente, détournement, dumping etc.) ;
Et enfin, une information complète de tous les acteurs sur l’ensemble des processus.

Même si cette approche de l’économie reste largement dominante dans le monde et a donné lieu à des évolutions monétaristes à la fin des années 1970, comme les « nouveaux néoclassiques » qui vont déréguler totalement les marchés mondiaux et les systèmes financiers, une légère tentative de modération a été introduite dans le capitalisme dans les années 1930 : le keynésianisme. Celui-ci préconise l’intervention des états dans le but de soutenir les acteurs économiques et d’assurer le maintien d’un niveau d’emploi pour éviter la chute de la consommation.

Économie néoclassique de l’environnement

Ecrit par spagano sur . Publié dans Bien commun, Externalités, Macro-économie, Micro-économie, Modèles économiques, Ressources non renouvelables, Ressources renouvelables, Soutenabilité faible, Soutenabilité forte, Substituabilité

Les théories économiques néoclassiques qui proposent une croissance infinie affranchie des limites de la nature sont  entachées d’impensés conceptuels et d’incohérences écologiques et théoriques : l’économie de l’environnement décrit par le modèle néoclassique ne donne aucun fondement éthique (Harribey 2002).

Les théorèmes sont basés sur des choix philosophiques et politiques. Ces modèles sont en outre incapables de traiter de manière adéquate les problèmes de l’incertitude des modèles eux-mêmes et des questions de l’irréversibilité (destruction, pollutions, disparitions d’espèces etc.).

Le risque écologique est en partie quantifiable et modélisable, mais l’incertitude en terme écologique ne l’est pas.

Enfin, les modèles économiques néoclassiques misent sur la capacité technologique de l’humanité à substituer indéfiniment au capital naturel détruit par du capital reproductible : bien que la disparition massive de la biodiversité invalide cette approche par l’exemple, on est ici au cœur de la différence entre soutenabilité dite faible et forte. Le modèle actuel faible est le modèle dominant et cherche à améliorer constamment la « mesure des externalités » sans jamais réinterroger la notion de valeur elle-même.

Ainsi, la science économique de l’école classique anglaise et de l’école néoclassique du XIXe siècle et du début de XXe siècle va introduire les premières ruptures entre économie et ressources (Éloi 2009) en augmentant de manière importante le degré d’abstraction de théories économique, jusqu’à l’école marginaliste qui, grisée par l’industrialisation du XIXe siècle, s’affranchit des réalités posées par la finitude et les limites de notre environnement, en postulant qu’il est possible de tenir une croissance perpétuelle en augmentant le capital au fur et à mesure que la démographie augmente.

Les classiques accordaient aux ressources naturelles un rôle moteur dans l’industrie et dans l’agriculture, l’approche utilitariste va rattacher la valeur d’un bien non pas à son existence matérielle mais à la satisfaction qu’il procure, ce qui permet de modifier de manière significative la notion de besoin que le marché est censé satisfaire de manière optimale, accroissant encore davantage le découplage entre besoins, capacités naturelles et théories économiques.

L’économie néoclassique libérale de l’environnement est basée à son origine principalement sur une analyse microéconomique des échanges, qui se révèle totalement inadaptée pour les enjeux et les modèles économiques à l’échelle macroéconomique. Avec la raréfaction des services rendus par le milieu naturel, la distance entre l’économie des ressources naturelles et l’économie de l’environnement a fini par s’estomper :

Les agents évaluent alors l’environnement de la même façon que toutes les autres allocations : biens ou actifs naturels entrant dans la fonction d’utilité des consommateurs et dans la fonction de production comme les matières premières, les ressources énergétiques, les réserves de ressources naturelles, ou leur fonction d’assimilation des déchets.

Théoriquement, le libre marché doit conduire l’économie à un état optimal où un déséquilibre se ferait au détriment d’un agent.

Face aux questions de pollution, la théorie va du coup chercher des outils pour rétablir cet optimum économique (Harribey 2002). Les biens environnementaux n’ayant pas de marché, donc pas de prix, l’analyse va alors chercher des méthodes pour les évaluer monétairement, pour les réintégrer dans la sphère marchande et prévenir ainsi leur gaspillage ou leur détérioration.

Dans ce cadre, les ressources naturelles sont abordées comme un capital, les externalités issues de la défaillance sont internalisées et les biens environnementaux évalués, ils deviennent ainsi des facteurs de production substituables au capital artificiel, ce qui va poser deux difficultés : d’une part la diminution de la ressources lors de son utilisation, d’autre part, la substituabilité du capital. Les ressources naturelles répondent à une demande dans le cadre des activités humaines, ce qui va les amener à avoir un prix sur le marché, selon qu’elles soient renouvelables ou épuisables. Les ressources renouvelables, comme une forêt, fournissent des ressources en principe plus longtemps, le stock variant selon le prélèvement maximum compatible avec son renouvellement perpétuel, appelé rendement maximum soutenable (RMS). Les ressources épuisables comme les minerais ou le pétrole seront exploitées jusqu’à épuisement, avec un prix qui devrait augmenter théoriquement au rythme du taux d’intérêt de l’économie mais plus probablement selon l’offre et la demande.

Les « défaillances du marché »

Selon le modèle néoclassique, le bon fonctionnement du marché permet une exploitation optimale et une allocation parfaite des ressources. Une surconsommation entraînant une disparition d’une ressource, ou des pollutions, signifie une mauvaise tarification, le marché devant prendre en compte son utilité écologique. Le marché est censé également prendre en compte les biens communs, c’est-à-dire un bien qui satisfait au principe de non-exclusion : aucun agent du marché ne doit en être privé de jouissance. On appelle « passager clandestin » un agent qui obtient et profite d’un avantage sans avoir consenti les mêmes efforts que les autres agents ou sans acquitter de droit d’usage.

• ÉLOI Laurent (2009), Les économistes et l’écologie : une rencontre récente, Alternative Économique, Hors-Série n° 83, L’Économie Durable, page 18.
• HARRIBEY Jean-Marie (2002), Le développement durable est-il soutenable ? In Séminaire de l’OFCE, [en ligne].
• Baslé, Maurice. Histoire des pensées économiques: Les fondateurs. Sirey, 1993.

Développement, énergie, agriculture et durabilité

Ecrit par spagano sur . Publié dans Adaptation, Agriculture, Cité, Croissance, Culture, Cycles énergétiques, Développement économique, Économie, Énergie, Entropie, Espaces, Histoire, Humanité, Innovation, Macro-économie, Modèles économiques, Polis, Précarité, Ressources, Société, Transports, Ville, Vulnérabilité

Leslie White, en 1943, retrace le parcours de l’humanité en analysant sa consommation d’énergie c’est-à-dire le facteur majeur de son développement et de ses modèles économiques. L’énergie et la technologie sont des facteurs intrinsèquement liés qui selon lui « déterminent l’organisation sociale ». Dans ses travaux, il distingue cinq stades de développement de l’humanité. Au premier stade, les hommes ne disposent que de leur énergie manuelle, musculaire. Dans le second stade, les hommes se servent d’animaux domestiqués, ce qui leur permet de démultiplier la quantité d’énergie utilisable. Au troisième stade, qui correspond à une révolution agricole, ils exploitent l’énergie disponible directement ou indirectement dans la biomasse végétale. Au quatrième stade, les hommes apprennent à utiliser l’énergie issue des sources fossiles : charbon, pétrole et gaz naturel. Enfin, au cinquième stade, les hommes atteignent un stade « avancé » en exploitant l’énergie nucléaire. Toute cette théorie est formulée mathématiquement (P=E×T, où E est l’énergie consommée, et T un coefficient dépendant de l’efficacité des techniques utilisant cette énergie).

Ainsi, les besoins des hommes sont de deux sortes (White 1943) : ceux qui peuvent être servis et satisfaits en exploitant la ressource de l’organisme humain seul (chant, danse, raconter, former des groupes etc.). La seconde catégorie de besoins ne peut être satisfaite que par l’utilisation de ressources hors de l’organisme humain. Ainsi, les humains devant obtenir leur nourriture du monde extérieur, les outils, les armes, et les autres matériels avec lesquels les humains obtiennent nourriture, abri pour se protéger des éléments, protection contre leurs ennemis, doivent également être obtenus en exploitant les ressources du monde extérieur.

L’existence humaine est une tentative incessante pour faire de la culture (ou de l’évolution) un instrument plus efficace pour améliorer sa sécurité et la survie de l’espèce. Le moyen de se développer pour l’humanité est d’exploiter et de mettre au travail davantage d’énergie par habitant et par an. Ainsi, le vent, l’eau et le feu deviennent des sources à exploiter, les animaux sont domestiqués, les plantes cultivées ; viennent ensuite les machines. L’amélioration de la situation des hommes passe également par l’amélioration des instruments, le contrôle et l’invention de nouveaux outils. Progrès et culture améliorent la qualité de vie, les capacités de production, l’efficacité etc. Pour l’humanité, la nécessité biologique de la vie, le pouvoir d’inventer et de découvrir, la capacité de choisir et d’utiliser les meilleurs outils ou les moyens les plus appropriés d’obtenir un résultat sont les facteurs d’évolution.

Ainsi, au commencement de l’histoire de la culture, l’être humain avait pour seule source d’énergie celle de son propre corps, pour la vie, pour se nourrir, et pour s’abriter. Et pendant très longtemps ce sera sa seule source d’énergie. Vent, eau et feu ont été utilisés, mais au début rarement comme des sources d’énergie. La quantité d’énergie à la disposition d’une communauté de 50, 100 ou 300 personnes serait selon White de 50, 100 ou 300 fois l’énergie de la moyenne des membres de la communauté, ce qui, une fois exclus les bébés, les malades, les anciens et les faibles, serait considérablement moins élevée que l’équivalent d’une « puissance-homme » par habitant. Une puissance-homme étant environ un dixième d’un « cheval-vapeur », la quantité d’énergie par habitant dans les premiers stades de développement était minimale, que l’on pourrait l’estimer à 1/20 ème par personne.

L’énergie disponible étant finie et limitée, ainsi fut le développement humain. Il connaîtra quelques améliorations au travers des outils qu’il sera capable de produire et d’améliorer avec sa propre énergie : nouveaux outils comme l’arc et les flèches, les harpons, les aiguilles, l’amélioration d’anciennes techniques d’éclat des outils en silex etc.

Pour se développer encore davantage, l’humanité doit ainsi apprendre à augmenter la quantité d’énergie mobilisable, la première étape sera donc la domestication des animaux et la culture des plantes. Elle améliorera ensuite la domestication et l’agriculture en nourrissant elle-même sa production de viande, et en amendant elle-même la terre pour sa production agricole de grains, et améliorera sa condition en s’habillant de peaux et de fibres longues. Dans une économie de chasseur-cueilleur, un individu dépense une certaine quantité d’énergie, d’où il obtiendra un certain niveau de sécurité qui dépend de l’énergie qu’il arrive à retirer par rapport à celle qu’il dépense (chasse, cueillette, disponibilité) etc. Ce ratio peut varier d’une situation à une autre, mais n’est ni fixe ni prévisible, et ne peut que diminuer en cas de déplétion des ressources ou de concurrence.

La maîtrise de l’agriculture a considérablement augmenté la quantité d’énergie disponible par habitant, avec pour conséquence une amélioration significative des techniques agricoles, et donc une croissance importante, en particulier en Chine, en Inde, en Mésopotamie, en Égypte, au Mexique et au Pérou, transformant les populations itinérantes en populations sédentaires.
L’amélioration de la quantité de nourriture à permis l’augmentation de la population, et une partie croissante de la société s’est détachée des tâches productives pour se développer dans d’autres activités spécialisées : maçons, ouvriers métallurgistes, sculpteurs, tisserands, scribes, prêtres… Si cela a eu pour effet d’accélérer les progrès dans les arts, l’artisanat, et les sciences (astronomie, mathématiques, etc.), ces techniques et ces savoirs sont alors dans les mains de spécialistes. Le modèle économique de la société évolue alors, l’amélioration des techniques et de la productivité permettant l’échange et la vente de produits une fois les besoins propres satisfaits. Apparaissent alors les moyens d’échange, les monnaies, les commerçants, les banques, les prêts, les débiteurs… Avec la richesse et la concurrence entre régions favorisées apparaissent les guerres et les conquêtes, on reste donc encore une fois sur un modèle de prédation. La société créée encore des castes à part : militaires professionnels, classes dirigeantes, esclaves, serfs… Ce système de sociétés basées sur un modèle économique agropastoral, puis artisanal et commercial, et des féodalités, va perdurer quasiment jusqu’au début du XVIIIe siècle.

À part la charrue en fer tractée par des chevaux, la différence entre la production agricole des États-Unis en 1850 diffère de très peu des techniques de l’Égypte de 2000 avant J.-C. Dans les années 1950, aux États-Unis et en Europe, se trouvent des pratiques agricoles qui, utilisation du fer exceptée, sont identiques à celles de l’Égypte. Dans d’autres domaines la production a été essentiellement le même en Europe occidentale au début du XVIIIe (on pourrait presque dire du XIXe) siècle, comme dans la Rome antique, la Grèce ou l’Égypte. Un modèle économique foncièrement basé sur la production des hommes, libres, serfs ou esclaves, et les animaux de trait, avec une exploitation minimale des ressources énergétiques comme le vent ou l’eau.

La civilisation n’aurait probablement jamais progressé sensiblement au-delà des niveaux déjà atteints dans les grandes cultures de l’antiquité, si d’autres moyens n’avaient été trouvés pour disposer d’une plus grande quantité d’énergie par unité de temps et par habitant, en exploitant une nouvelle source d’énergie : les combustibles. L’arrivée de la machine à vapeur, et de tous les dérivés de moteurs vapeurs/explosions à base de combustibles, a inauguré une nouvelle ère dans l’histoire. En écrivant cet article en 1943, White n’imaginait pas encore la disponibilité de l’énergie nucléaire et ne mesurait sans doute pas encore l’étendue du développement des produits dérivés de la pétrochimie.

Révolutions industrielles & modèles économiques

Ecrit par spagano sur . Publié dans Adaptation, Agriculture, Cité, Consommation, Croissance, Développement économique, Économie, Énergie, Espaces, Histoire, Humanité, Industrie, Innovation, Macro-économie, Modèles économiques, Polis, Société, Transports, Ville

La première révolution industrielle correspond au passage d’une société à dominante agraire et artisanale à une société commerciale et industrielle.

Initiée véritablement au XVIIIe siècle en Europe, celle-ci s’est accélérée au XIXe siècle, en particulier en Angleterre, mais aussi dans le reste de l’Europe, aux États-Unis et au Japon. L’émergence d’une industrie moderne s’était appuyée sur un nouveau système technique constitué au XVIIIe siècle, où se liaient de manière interdépendante le textile, le charbon et le fer. Pour répondre à cette mutation, une révolution des transports entraîne un développement du chemin de fer et l’extension des voies de circulation (routes, canaux), ce qui vient à son tour nourrir la demande industrielle en machines, matériaux de construction, rails et locomotives. Le principal moteur énergétique au cœur de cette révolution est le charbon, qui entraîne ainsi l’explosion de l’exploitation minière. Cette mutation productive avait été précédée, dans la plupart des pays touchés, par une mutation agricole : outillage, nouvelles techniques, suppression des jachères, modifications des structures juridiques sur la propriété des terres… Cette révolution agricole répond à la demande d’une population urbaine de plus en plus importante, et entraîne un besoin accru en outillage et en engrais, demande qui soutient à son tour l’essor industriel et marque aussi la naissance de l’agrochimie.

Cette mutation vers une société industrielle a été favorisée par l’émergence d’une nouvelle classe dominante, la bourgeoisie, qui s’est substituée à la noblesse. Celle-ci impose son modèle économique et social via sa puissance économique (banques, relations d’affaires, familles, médias et politiques) selon un principe dit libéral et capitaliste : l’état doit rester sur ses fonctions régaliennes (police, justice et défense), laisser et soutenir les agents économiques structurer la société et son modèle économique, notamment en réprimant les mouvements sociaux qu’il rend illégaux. Cette transformation a affecté profondément l’agriculture, l’économie, la politique, la société et l’environnement du monde contemporain car elle a entièrement bouleversé les économies nationales et redistribué les échanges économiques mondiaux, en créant notamment une nouvelle hiérarchie entre les états, où dominent de manière hégémonique les nations industrialisées et où les nations non industrialisées sont dominées et exploitées.

Le monde est alors multipolaire.

Basée sur la mécanisation et son moteur charbon vapeur, la communication papier, la première mutation industrielle va connaître une seconde étape initiée vers la fin du XIXe siècle, la seconde révolution industrielle. Prolongeant la première, celle-ci va apporter de nouvelles techniques en tentant de répondre aux problématiques rencontrées lors de la première révolution industrielle : ne pouvant produire assez d’équipements et de matériel, notamment pour l’essor du chemin de fer au milieu du XIXe siècle, l’industrie de la sidérurgie va développer de nouvelles techniques qui vont relancer et accélérer la mutation industrielle. Les innovations technologiques vont peu à peu s’étendre, avec le développement de l’industrie chimique, l’usage de l’électricité, mais plus encore, le recours de plus en plus en plus fréquent à la science et à la recherche scientifique. Un autre facteur majeur qui va bouleverser l’industrie est l’arrivée du pétrole et du moteur à explosion. Les innovations techniques s’accompagnent également d’innovations en terme d’organisation : l’Organisation Scientifique du Travail de l’ingénieur F. Taylor, qui va être développé davantage par Ford avec la production à la chaîne. Comme pour la première révolution, la seconde révolution industrielle va s’étendre à l’agriculture : mécanisation et utilisation d’engrais chimiques, usages de plus en plus importants qui vont soutenir encore la logique de production industrielle. La croissance démographique et l’émergence de syndicats vont progressivement influencer les législations sociales ce qui aura également pour effet de soutenir la croissance industrielle via l’augmentation progressive du pouvoir d’achat des salariés. Le développement des transports va également être bouleversé à l’échelle mondiale avec l’ouverture de nouvelles voies, grâce à des navires plus rapides, à l’extension des chemins de fer et le percement du canal de Suez en 1869 puis le canal du Panama en 1914.

Première crise de la mondialisation ?

Le modèle de développement des pays développés à économie de marché va connaître entre les deux guerres une étape décisive, qui va amener à une réorganisation complète de l’économie mondiale. Après la première guerre, le retour de la consommation et une politique de crédit soutenue par les États, va doper l’économie des pays industrialisés. Mais le retour sur le marché des États qui avaient fait la guerre puis avaient reconstruit leur appareil productif, va amener à une saturation du marché mondial qui, avec le resserrement du crédit aux États Unis, en Grande Bretagne et au Japon, va arrêter net la croissance en 1920. Cette crise va principalement toucher les pays les plus engagés dans les activités économiques tournées vers les exportations, comme la France, l’Allemagne, le Japon et la Grande Bretagne, et épargner les États-Unis qui exportent peu. Aux États-Unis, la mécanisation, le fordisme et le taylorisme vont propulser la productivité et l’augmentation de la consommation des classes les plus aisées. Mais en 1925, la croissance va être supérieure à la capacité de consommation intérieure ce qui va rapidement déboucher sur une crise économique.

La seconde révolution industrielle s’accompagne dans les années 1920 d’une nouvelle mutation profonde des structures industrielles et de la société. La concurrence de l’électricité et du moteur au pétrole va provoquer un recul progressif des industries basées sur le charbon, et favoriser l’émergence de l’industrie automobile, des machines agricoles avec en corollaire les cartels comme celui du pétrole en 1928 où les trois grandes compagnies pétrolières se partagent le marché mondial, des fusions dans le secteur industriel comme celle de la pétrochimie en Allemagne avec IGFarben (fusion de Agfa, Bayer et BASF) qui deviendra alors le quatrième groupe industriel mondial derrière General Motors, U.S. Steel et Standard Oil, ou encore des ententes sur les marchés mondiaux des ressources minières.  Au sortir de la seconde guerre mondiale, avec la généralisation du fordisme et du taylorisme, la véritable révolution industrielle sera basée sur l’énergie et la chimie du pétrole, l’électricité et les communications, et la domination de théories économiques imposées par les vainqueurs de la guerre : les groupes industriels, les compagnies pétrochimiques et les sociétés financières. Le modèle économique qui s’est alors imposé au sortir de la seconde guerre mondiale peut être résumé en un mécanisme de production de masse qui doit être soutenu par une consommation de masse, avec des mécanismes internationaux de dérégulation et d’élimination des mesures protectionnistes des marchés pour permettre aux industriels des États-Unis d’exporter en masse leurs productions.

Le modèle économique ainsi à l’œuvre est basé sur plusieurs principes :

– Le premier est d’éviter la saturation des marchés et la baisse de la demande, par un renouvellement rapide des biens de consommations et d’équipement. Les biens de consommations sont devenus désirables par la réclame, et jetables. Les biens d’équipements sont devenus des biens de consommation comme les autres, soumis aux effets de modes, et qui grâce à une obsolescence programmée, impliquent un renouvellement rapide et prévisible propice au maintien en fonctionnement des industries.

– Le second est une consommation énergétique très élevée, la révolution industrielle est avant tout une révolution énergétique. La machine à vapeur va démultiplier la force de travail disponible de vingt à trente fois. Les tentes glorieuses ont vu une multiplication par trois de la consommation énergétique globale, avec un pétrole bon marché, une utilisation importante du gaz et de l’hydroélectricité. C’est cette avidité énergétique et ses conséquences sur l’environnement qui seront à l’origine des réflexions du Club de Rome en 1972.

– Le troisième repose sur la circulation des biens à l’échelle de la planète : le marché est mondial et les produits circulent librement de leur lieu de production à leur lieu de consommation. Au sortir de la seconde guerre mondiale, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), signé en 1947, met en place un commerce international de libre-échange. Le GATT sera remplacé en 1995 par l’Organisation Mondiale du Commerce.