Agenda 21 local

Ecrit par spagano sur . Publié dans Adaptation, Agendas 21, Collectivités, Culture, Management, Système de management, Transition

L’Agenda 21 local ne bénéficie d’une définition réelle qu’au niveau d’instances internationales (Agenda 21 de Rio, Charte d’Aalborg) ou européennes (ICLEI).

Sa définition en France relève en fait des expériences locales qui se sont lancées dans ce type d’action. Sorte de culture commune dans un processus de construction continue, l’Agenda 21 local est à la fois un document stratégique et opérationnel, conçu comme un projet de territoire visant le long terme, à 10 ou 15 ans, et décliné en programmes d’action, avec comme toute démarche de management, une démarche d’amélioration continue et une évaluation régulière, évaluation basée sur des indicateurs.

Chaque projet d’Agenda 21 est censé être l’aboutissement d’une réflexion collective intégrant tous les acteurs économiques et sociaux d’un territoire, un document transversal, qui vise à faire converger les différentes politiques de développement locales : économique, sociale, de protection de l’environnement, de préservation des ressources naturelles, d’aménagement.

Au-delà de la planification à long terme, l’Agenda 21 local est donc une démarche qui doit proposer une nouvelle approche de la gouvernance avec une large concertation, censée intégrer les acteurs économiques et sociaux, au travers d’un débat public associant la population, il s’agit donc clairement d’une démarche de renforcement de la démocratie locale. De fait, ce ne sont pas toujours les collectivités elles-mêmes qui initient un Agenda 21 local.

Dans certaines villes, ce sont les milieux associatifs qui ont pris l’initiative auprès des acteurs économiques et sociaux. En revanche, c’est bien le rôle des collectivités territoriales de porter la démarche, parce qu’elles coordonnent, planifient, et mettent en œuvre les politiques locales concernées.

Comme pour toute démarche qui questionne les choix stratégiques, la planification et les modes opérationnels, un Agenda 21 doit être porté par les élus avec un véritable engagement dans le processus. L’engagement d’un seul élu est insuffisant, en particulier lorsque les démarches nécessitent des approches transversales, parfois innovantes et donc des arbitrages et des prises de décision qui nécessitent l’implication des élus les plus importants en terme décisionnel.

C’est un processus en principe éminemment démocratique, la démarche Agenda 21 local repose au départ sur l’observation des besoins des habitants en matière de services et d’équipements, et de manière continue l’implication des acteurs locaux dans un débat public permanent.

Véritable outil de management du développement durable à l’échelle territoriale, l’Agenda 21 est défini comme un processus de programmation et d’action :

– Processus (étapes menant de la réflexion à l’action).
– Participation (toutes les parties prenantes qui vivent, produisent, consomment sur le territoire).
– Réflexion stratégique (diagnostic, enjeux significatifs, coordination).
– Planification (finalités précises à court, moyen et long terme).
– Actions (pilotage opérationnel, partenaires, et financement).
– Amélioration (retour d’expérience et évaluation, mise à jour).
– Ancrage sur un territoire (cohérence géographique, socio-économique et culturelle).

Développement, énergie, agriculture et durabilité

Ecrit par spagano sur . Publié dans Adaptation, Agriculture, Cité, Croissance, Culture, Cycles énergétiques, Développement économique, Économie, Énergie, Entropie, Espaces, Histoire, Humanité, Innovation, Macro-économie, Modèles économiques, Polis, Précarité, Ressources, Société, Transports, Ville, Vulnérabilité

Leslie White, en 1943, retrace le parcours de l’humanité en analysant sa consommation d’énergie c’est-à-dire le facteur majeur de son développement et de ses modèles économiques. L’énergie et la technologie sont des facteurs intrinsèquement liés qui selon lui « déterminent l’organisation sociale ». Dans ses travaux, il distingue cinq stades de développement de l’humanité. Au premier stade, les hommes ne disposent que de leur énergie manuelle, musculaire. Dans le second stade, les hommes se servent d’animaux domestiqués, ce qui leur permet de démultiplier la quantité d’énergie utilisable. Au troisième stade, qui correspond à une révolution agricole, ils exploitent l’énergie disponible directement ou indirectement dans la biomasse végétale. Au quatrième stade, les hommes apprennent à utiliser l’énergie issue des sources fossiles : charbon, pétrole et gaz naturel. Enfin, au cinquième stade, les hommes atteignent un stade « avancé » en exploitant l’énergie nucléaire. Toute cette théorie est formulée mathématiquement (P=E×T, où E est l’énergie consommée, et T un coefficient dépendant de l’efficacité des techniques utilisant cette énergie).

Ainsi, les besoins des hommes sont de deux sortes (White 1943) : ceux qui peuvent être servis et satisfaits en exploitant la ressource de l’organisme humain seul (chant, danse, raconter, former des groupes etc.). La seconde catégorie de besoins ne peut être satisfaite que par l’utilisation de ressources hors de l’organisme humain. Ainsi, les humains devant obtenir leur nourriture du monde extérieur, les outils, les armes, et les autres matériels avec lesquels les humains obtiennent nourriture, abri pour se protéger des éléments, protection contre leurs ennemis, doivent également être obtenus en exploitant les ressources du monde extérieur.

L’existence humaine est une tentative incessante pour faire de la culture (ou de l’évolution) un instrument plus efficace pour améliorer sa sécurité et la survie de l’espèce. Le moyen de se développer pour l’humanité est d’exploiter et de mettre au travail davantage d’énergie par habitant et par an. Ainsi, le vent, l’eau et le feu deviennent des sources à exploiter, les animaux sont domestiqués, les plantes cultivées ; viennent ensuite les machines. L’amélioration de la situation des hommes passe également par l’amélioration des instruments, le contrôle et l’invention de nouveaux outils. Progrès et culture améliorent la qualité de vie, les capacités de production, l’efficacité etc. Pour l’humanité, la nécessité biologique de la vie, le pouvoir d’inventer et de découvrir, la capacité de choisir et d’utiliser les meilleurs outils ou les moyens les plus appropriés d’obtenir un résultat sont les facteurs d’évolution.

Ainsi, au commencement de l’histoire de la culture, l’être humain avait pour seule source d’énergie celle de son propre corps, pour la vie, pour se nourrir, et pour s’abriter. Et pendant très longtemps ce sera sa seule source d’énergie. Vent, eau et feu ont été utilisés, mais au début rarement comme des sources d’énergie. La quantité d’énergie à la disposition d’une communauté de 50, 100 ou 300 personnes serait selon White de 50, 100 ou 300 fois l’énergie de la moyenne des membres de la communauté, ce qui, une fois exclus les bébés, les malades, les anciens et les faibles, serait considérablement moins élevée que l’équivalent d’une « puissance-homme » par habitant. Une puissance-homme étant environ un dixième d’un « cheval-vapeur », la quantité d’énergie par habitant dans les premiers stades de développement était minimale, que l’on pourrait l’estimer à 1/20 ème par personne.

L’énergie disponible étant finie et limitée, ainsi fut le développement humain. Il connaîtra quelques améliorations au travers des outils qu’il sera capable de produire et d’améliorer avec sa propre énergie : nouveaux outils comme l’arc et les flèches, les harpons, les aiguilles, l’amélioration d’anciennes techniques d’éclat des outils en silex etc.

Pour se développer encore davantage, l’humanité doit ainsi apprendre à augmenter la quantité d’énergie mobilisable, la première étape sera donc la domestication des animaux et la culture des plantes. Elle améliorera ensuite la domestication et l’agriculture en nourrissant elle-même sa production de viande, et en amendant elle-même la terre pour sa production agricole de grains, et améliorera sa condition en s’habillant de peaux et de fibres longues. Dans une économie de chasseur-cueilleur, un individu dépense une certaine quantité d’énergie, d’où il obtiendra un certain niveau de sécurité qui dépend de l’énergie qu’il arrive à retirer par rapport à celle qu’il dépense (chasse, cueillette, disponibilité) etc. Ce ratio peut varier d’une situation à une autre, mais n’est ni fixe ni prévisible, et ne peut que diminuer en cas de déplétion des ressources ou de concurrence.

La maîtrise de l’agriculture a considérablement augmenté la quantité d’énergie disponible par habitant, avec pour conséquence une amélioration significative des techniques agricoles, et donc une croissance importante, en particulier en Chine, en Inde, en Mésopotamie, en Égypte, au Mexique et au Pérou, transformant les populations itinérantes en populations sédentaires.
L’amélioration de la quantité de nourriture à permis l’augmentation de la population, et une partie croissante de la société s’est détachée des tâches productives pour se développer dans d’autres activités spécialisées : maçons, ouvriers métallurgistes, sculpteurs, tisserands, scribes, prêtres… Si cela a eu pour effet d’accélérer les progrès dans les arts, l’artisanat, et les sciences (astronomie, mathématiques, etc.), ces techniques et ces savoirs sont alors dans les mains de spécialistes. Le modèle économique de la société évolue alors, l’amélioration des techniques et de la productivité permettant l’échange et la vente de produits une fois les besoins propres satisfaits. Apparaissent alors les moyens d’échange, les monnaies, les commerçants, les banques, les prêts, les débiteurs… Avec la richesse et la concurrence entre régions favorisées apparaissent les guerres et les conquêtes, on reste donc encore une fois sur un modèle de prédation. La société créée encore des castes à part : militaires professionnels, classes dirigeantes, esclaves, serfs… Ce système de sociétés basées sur un modèle économique agropastoral, puis artisanal et commercial, et des féodalités, va perdurer quasiment jusqu’au début du XVIIIe siècle.

À part la charrue en fer tractée par des chevaux, la différence entre la production agricole des États-Unis en 1850 diffère de très peu des techniques de l’Égypte de 2000 avant J.-C. Dans les années 1950, aux États-Unis et en Europe, se trouvent des pratiques agricoles qui, utilisation du fer exceptée, sont identiques à celles de l’Égypte. Dans d’autres domaines la production a été essentiellement le même en Europe occidentale au début du XVIIIe (on pourrait presque dire du XIXe) siècle, comme dans la Rome antique, la Grèce ou l’Égypte. Un modèle économique foncièrement basé sur la production des hommes, libres, serfs ou esclaves, et les animaux de trait, avec une exploitation minimale des ressources énergétiques comme le vent ou l’eau.

La civilisation n’aurait probablement jamais progressé sensiblement au-delà des niveaux déjà atteints dans les grandes cultures de l’antiquité, si d’autres moyens n’avaient été trouvés pour disposer d’une plus grande quantité d’énergie par unité de temps et par habitant, en exploitant une nouvelle source d’énergie : les combustibles. L’arrivée de la machine à vapeur, et de tous les dérivés de moteurs vapeurs/explosions à base de combustibles, a inauguré une nouvelle ère dans l’histoire. En écrivant cet article en 1943, White n’imaginait pas encore la disponibilité de l’énergie nucléaire et ne mesurait sans doute pas encore l’étendue du développement des produits dérivés de la pétrochimie.